Mois de l’histoire des Noirs : Bienvenu-Olivier Ntumba, derrière le politicien  

En ce Mois de l’histoire des Noirs, le journal est allé à la rencontre de différentes personnalités publiques de la région issues de la communauté afrodescendante.

Le député de la circonscription de Mont-Saint-Bruno – L’Acadie, Bienvenu-Olivier Ntumba, est le premier Canadien d’origine congolaise à être élu au Parlement du Canada. Son parcours débute vers l’âge de sept ans, alors qu’il vit encore en République démocratique du Congo. C’est à cette époque qu’un rêve commence à germer dans l’esprit du jeune garçon.

Admiratif du métier de son défunt père, journaliste reconnu au Congo, Bienvenu-Olivier lui confie qu’il souhaite, plus tard, devenir député national, une ambition qui prend alors une tout autre dimension dans le contexte congolais que dans celui du Canada, où il s’installera plusieurs années plus tard.

À l’été 2010, il quitte son pays natal avec sa mère et sa fratrie pour s’établir au Canada. « Mon père m’a dit d’aller étudier au Canada et, par la suite, de rentrer au pays pour travailler. Ç’a été ses derniers mots avant que je prenne l’avion », raconte le député.

Première campagne

Cette idée fait son chemin dans son esprit. Après quelques expériences, il déménage à Ottawa afin de poursuivre des études à La Cité collégiale. « Certains de mes camarades voulaient que je me présente comme candidat à un poste au conseil étudiant », explique-t-il, toujours avec passion, des années après cet événement charnière de sa vie politique. Avec peu de contacts, comparativement à son adversaire, un étudiant de deuxième année beaucoup plus connu de ses pairs, M. Ntumba lance sa campagne à l’aide d’affiches et adopte un style décontracté inspiré de Barack Obama. « C’est à ce moment que tous mes rêves d’enfant sont remontés. Surtout celui de faire campagne à la Obama, manches de chemise retroussées, cravate, en adoptant une posture décontractée et accessible pour les étudiants. »

Il attrape alors la piqûre. Après avoir mené une campagne de terrain, les votes sont comptabilisés sous ses yeux et il est élu. « Cet événement a été la première fois que j’ai reçu une telle reconnaissance au Canada. J’ai été élu démocratiquement », explique-t-il avec une certaine fierté.

Dans les années qui suivent, il se présente à plusieurs reprises à différents postes au sein de divers comités. C’est également à cette période qu’il s’intéresse davantage au Parti libéral du Canada, notamment lors de l’élection de Justin Trudeau en 2015, alors qu’il s’engage comme bénévole.

De fil en aiguille, il poursuit son parcours jusqu’au 5 octobre 2024, date à laquelle il dépose officiellement sa candidature. « J’ai porté ma candidature à un moment où le parti était donné perdant dans les différents sondages », explique celui qui a choisi de se lancer en Montérégie, région où il habite. « Je leur ai dit : soit je fais campagne dans mon milieu de vie, soit je reste bénévole », précise-t-il.

Un modèle

Le lendemain de son élection, alors que le candidat nouvellement élu s’est rendu aux gares de Saint-Bruno-de-Montarville et de Saint-Basile-le-Grand afin de remercier les électeurs de leur appui, il a commencé à prendre pleinement conscience de la portée de sa victoire. « Une mère m’a dit que j’étais un modèle pour son fils. Elle m’a dit :  »Tu as réussi là où nous n’avons pas encore réussi » », raconte-t-il, encore ému par cette rencontre.

Pour plusieurs, faire élire une personne afrodescendante à l’extérieur de Montréal semblait improbable. Or, la communauté afrodescendante de la circonscription compte environ 4 000 personnes, selon le député.

Au delà des frontières

Après quelques jours passés en famille pour se ressourcer, à la suite de semaines de travail acharné sur le terrain, le député a pris pleinement conscience de l’ampleur de son élection, qui avait dépassé les frontières de sa circonscription. « J’ai appris, une semaine après la soirée électorale, que tous les médias d’origine congolaise à travers le monde parlaient de mon élection », raconte-t-il.

En réalisant la responsabilité qui pesait sur lui en tant que député de Mont-Saint-Bruno-L’Acadie, il a également pris conscience de celle qu’il portait comme Congolais d’origine. « Je ne suis pas leur élu, mais mes origines proviennent d’un pays qui connaît l’un des pires conflits touchant les femmes au monde, où six millions de femmes et d’enfants ont été tués sans réelle intervention des pays occidentaux », explique-t-il, rappelant que, plus jeune, il s’impliquait déjà dans sa communauté auprès des femmes et des mères. « Je ne peux pas dire que je ne connais pas les réalités de ce pays. J’ai un attachement à mes racines. Aujourd’hui, mon appartenance est au Canada, un pays qui m’a tout donné : l’éducation, la santé. La vie que j’ai aujourd’hui, je l’ai bâtie au Québec. »

Lorsque M. Ntumba est devenu citoyen canadien, il a dû renoncer à sa citoyenneté congolaise.

À sa femme et ses enfants

Reconnaissant de la tribune dont il dispose à Ottawa pour représenter les citoyens de sa circonscription, M. Ntumba affirme que rien de ce parcours n’aurait été possible sans les sacrifices et le dévouement de sa conjointe. « J’aimerais dire merci à ma femme.

Je vois toutes les acrobaties qu’elle fait pour me permettre d’avancer et je suis conscient que ce métier peut aussi être difficile pour elle », confie-t-il, élargissant sa reconnaissance à l’ensemble des conjointes et conjoints de ses collègues. Il exprime également sa gratitude envers ses quatre enfants, âgés de cinq à huit ans. « Ils n’ont pas encore conscience de mon travail, mais ils savent que papa n’est pas là. »

Même si l’équilibre entre sa vie familiale et sa vie professionnelle lui laisse peu de temps libre, l’élu dit retrouver son énergie lorsqu’il siège au Parlement. « J’ai la passion d’être député. Je ne ressens pas la fatigue lorsque je suis à la Chambre », raconte-t-il, reconnaissant, neuf mois après les élections, de la confiance que lui ont accordée les électeurs.