Saint-Bruno : une zone MAGA 51au Sommet Trinité

Un citoyen de Saint-Bruno- de-Montarville, qui réside dans l’un des quartiers les plus chics de la ville, a fait de sa maison une zone « pro-Trump » afin de réagir à la situation qu’il vit. 

La présidence américaine continue de faire couler beaucoup d’encre à travers le monde. À Saint-Bruno-de-Montarville, elle prend plutôt la forme de structures gonflables, d’extraterrestres, de casquettes MAGA (Make America Great Again) et d’images du président des États-Unis placardées aux fenêtres d’une résidence située dans l’un des quartiers les plus chics de la ville.

« Moi, je ris de cette situation. On me considère comme un pro-Trump instable. Ça me fait encore plus rire, alors j’en fais encore plus », affirme Yann Béliveau, propriétaire d’une maison au Sommet-Trinité à Saint-Bruno-de-Montarville et propriétaire de l’entreprise No Limit Loans, spécialisée en prêts hypothécaires.

Pour des raisons médicales

Selon M. Béliveau, tout aurait commencé avec un simple drapeau en remerciement aux États-Unis et à son président. « Je suis handicapé. Au Québec, on devait m’amputer. En Floride, on m’a sauvé le pied », raconte-t-il. Il dévoile d’ailleurs tous les détails de son histoire sur ses réseaux sociaux.

Avant que l’on ne lui retire son passeport, il passait une semaine sur deux en Floride. Aujourd’hui, il reste chez lui, caméra constamment à la main pour filmer les infractions du quartier. Ce qui semblait d’abord être un conflit de voisinage a dégénéré. Désormais, ce n’est plus un simple drapeau qui flotte pour afficher son soutien à Donald Trump et à l’idée de faire du Canada le 51e État américain, mais une véritable armée de gadgets et d’objets partisans étalés sur son terrain.

Un citoyen surveillé

« On m’a enlevé mes enfants, retiré mon passeport, confisqué mes armes enregistrées. On a monté tout un spectacle autour de ça. On me traite de pro-Trump instable parce que j’ai un drapeau sur mon terrain. Je n’ai rien à me reprocher, et je vais en faire encore plus », a-t-il déclaré au journal.Sur ses réseaux sociaux, il affirme avoir passé quelques jours en prison sans réellement comprendre les raisons de son arrestation. Il nous a indiqué que l’affaire est désormais judiciarisée.

Nous avons contacté le Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL) concernant ce citoyen. Ce dernier nous a indiqué que notre demande « faisant l’objet de plusieurs sujets très sensibles » et n’avait pas répondu à nos questions avant la publication de l’article.

Réactions du voisinage

Une présence policière fréquente est remarquée par le voisinage. Si certains résidents préfèrent ne pas commenter, d’autres trouvent les décorations surprenantes pour ce secteur.

« Quand on passe devant en marchant, on trouve ça spécial. Mais comme nous ne sommes pas des voisins immédiats, ça ne nous dérange pas », mentionne un résident. Le bouche-à-oreille a toutefois bien circulé, autant dans Saint-Bruno que sur les réseaux sociaux. « On remarque des voitures, des cyclistes, des piétons qui s’arrêtent pour regarder les décorations », ajoute-t-il, précisant que l’affluence reste raisonnable.

M. Béliveau affirme toutefois avoir été victime d’actes de vandalisme. On aurait coupé de ses drapeaux et jeté des déchets dans sa cour durant la nuit.

Règlementation municipale

« La règlementation est la même pour tous les citoyens. Nous ne pouvons commenter un cas spécifique, mais nous pouvons confirmer que la Ville agit pour faire respecter la règlementation municipale et demeure en contact avec les autorités compétentes lorsqu’elle reçoit des plaintes de citoyens », indique Manon Lacourse, porte-parole de la Ville de Saint-Bruno.

Elle rappelle également aux citoyens que s’ils sont témoins ou victimes de comportements menaçants qui nuisent à leur sentiment de sécurité, ils doivent contacter le SPAL en composant le 911.

Questionné à ce sujet, le maire de Saint-Bruno-de-Montarville, Ludovic Grisé Farand, a refusé de commenter l’affaire. Il s’est contenté de préciser qu’ « un avis d’infraction a été remis par la Direction de l’urbanisme et que le processus suit son cours ».

La zone « MAGA 51 »

M. Béliveau a publié sur ses réseaux l’avis qu’il a reçu de la Ville, puis s’est rapidement mis en conformité, à sa façon. « Ils m’ont juste demandé d’enlever les Trump (personnages gonflables). On va les remplacer par autre chose. Mes voisins comprennent ce qui se passe », dit-il.

L’avis mentionne notamment que « toute structure gonflable utilisée à des fins d’affichage, tout dispositif lumineux clignotant ou rotatif (comme un gyrophare ou un stroboscope), ainsi que l’installation d’une enseigne détachée sur une propriété résidentielle » doivent être mis en conformité.

En réponse, il a dissimulé une grande enseigne dotée d’un code QR menant à ses réseaux sociaux derrière un filet de camouflage militaire et installé des tentes pour abriter ses structures gonflables à l’effigie de Donald Trump. « Le chef, il est là », s’amuse-t-il à dire.

On peut désormais y voir un extraterrestre géant et d’autres coiffés d’une casquette MAGA, ou encore des portraits de Trump collés à toutes les fenêtres de la luxueuse demeure.

« Là, l’Halloween s’en vient. Vous vouliez un show? Je vais vous en donner un! Ce n’est que le début.

Je vais transformer ça en zone Alien, en zone MAGA 51 », annonce-t-il, impatient de voir l’automne arriver.