Saint-Basile: la fin de Northvolt aura des répercussions financières estime le maire

Yves Lessard, maire de la Ville de Saint-Basile-le-Grand, ne cache pas sa déception devant la décision du gouvernement du Québec de « tirer la plug », sur ce que l’on appelait « le plus grand investissement privé de l’histoire du Québec ».

« Le gouvernement a nui à la situation financière de Saint-Basile-le-Grand », mentionne Yves Lessard à propos des répercussions financières de la fin du projet Northvolt sur son territoire. La Ville de Saint-Basile, celle de McMasterville et la méga-usine de fabrication de batteries s’étaient entendues quant aux modalités concernant un projet de loi privé permettant de régir la taxation municipale. Ce dernier devait d’abord être adopté par le gouvernement à l’automne 2024. Toutefois, avant son dépôt, deux requêtes de la part du gouvernement devaient être revues, reportant ainsi son adoption à l’hiver 2025.

« Il n’aurait pas eu l’air fou de l’adopter au printemps », précise M. Lessard, évoquant que le gouvernement pourrait toujours l’adopter cet automne puisque l’entreprise a toujours été « prête à honorer ses engagements financiers ». Le souhait de M. Lessard est que le gouvernement respecte ses engagements financiers. Il a d’ailleurs interpellé les députés pour qu’ils pressent le gouvernement d’agir dans ce dossier. Au moment d’écrire ces lignes, le journal attendait toujours la réponse de Jean-François Roberge, député de Chambly.

« Dans la situation actuelle, l’entente entre Northvolt et les villes devient caduque », précise de son côté le Ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie. Il ajoute toutefois que le gouvernement a entamé des procédures devant la Cour supérieure afin d’exercer les sûretés qu’il détient en lien avec le prêt consenti pour l’acquisition du terrain afin de récupérer les sommes investies.

Ce sera à la Cour de déterminer ce qui adviendra du terrain, tout comme qui sera responsable des frais relatifs à son entretien, et des mesures liées au suivi environnemental. Pour le moment, le gouvernement a pu récupérer 200 millions. 

Plusieurs millions prévus

Ce projet de loi privé prévoyait des revenus de plusieurs millions de dollars pour quatre années. En 2024 et 2025, l’entreprise aurait dû verser 4,7 millions de dollars par année et 7,4 millions pour les années 2026 et 2027, explique M. Lessard. Au total, les revenus de ce projet de loi devaient s’élever à 24,2 millions de dollars.

« Le gouvernement a mis en péril les montants dus aux citoyens de Saint-Basile-le-Grand. » – Yves Lessard

Les sommes convenues venaient répondre à une demande de Northvolt d’avoir de la prévisibilité des montants à payer pour les années à venir. De leur côté, Saint-Basile-le-Grand et McMasterville obtenaient également des garanties quant aux montants à recevoir sur quatre ans. « Il n’y avait pas de certitude sur le montant investi par Northvolt, et la taxation se base sur la valeur foncière », explique le maire. Le projet de loi privé venait donc encadrer l’imprévisibilité des dépenses et des revenus relatifs à la construction de la méga-usine de fabrication de batteries.

« Au printemps, tous les partis d’opposition étaient d’accord », précise M. Lessard, qui a obtenu comme explication le report de l’adoption, la fragilité et la précarité de l’entreprise. Northvolt en Amérique du Nord n’a toutefois jamais fait faillite et restait un citoyen corporatif. De plus, le premier magistrat confirme que l’entreprise possède les liquidités nécessaires pour respecter l’entente. « Nous ne recevons pas actuellement les taxes convenues. Le gouvernement a mis en péril les montants dus aux citoyens de Saint-Basile-le-Grand », mentionne le maire, qui ajoute que, selon lui, le gouvernement a manqué à ses responsabilités. 

Investissement financier de la Ville

Pour préparer ce projet de loi privé, la Municipalité a dépensé quelques dizaines de milliers de dollars, notamment pour des services de droit et de fiscalité. « Nous ne voulons pas le remboursement de ces sommes. Nous les avons déboursées de bonne foi pour le bien du projet », explique M. Lessard, qui stipule que les sommes ne sont pas comparables entre les revenus prévus par le contrat entre McMasterville, Saint-Basile et Northvolt et celles dépensées pour l’élaboration du projet de loi.

Le magistrat rappelle que ce n’est pas aux citoyens de payer. Les revenus prévus allaient permettre la réalisation de divers projets, dont accélérer la cadence pour la modernisation des infrastructures de Saint-Basile, selon les prévisions du maire Lessard l’hiver dernier.

L’après-Northvolt

« Ce terrain-là a pris beaucoup de valeur », mentionne-t-il, en entrevue avec le journal, le lendemain de l’annonce du gouvernement. Appartenant depuis 2015 à Quartier MC2 Inc., une entreprise détenue par Gestion immobilière GAP Inc., le terrain avait alors été acheté pour une vingtaine de millions, selon les souvenirs du maire. 

Lorsque le regroupement de trois développeurs immobiliers d’influence dans le paysage québécois, soit Groupe Boda (Alice Minying Wu), Gestion S. Gariépy Inc. (Serge Gariépy) et Poirier Développement immobilier Inc. (Luc Poirier), a vendu le terrain à Northvolt, la transaction s’était élevée à 240 M$. 

« Northvolt a mis en place des infrastructures de base, ils ont décontaminé le terrain », mentionne le maire concernant les travaux effectués sur le terrain de 18,5 millions de pieds carrés. 

De plus, la Ville a reçu une subvention gouvernementale de 23 millions de dollars pour la construction d’un accès temporaire sur la route 116. « C’est un ajout considérable. Ça permet d’avoir un potentiel de repreneur plus grand », explique-t-il.

Pour le maire, le projet de Northvolt, même s’il n’ira plus de l’avant, a permis à des entreprises de partout à travers le Québec de connaître ce terrain. « Il y a un potentiel d’emploi exceptionnel, d’une part en raison de la grandeur du terrain et des services qui y ont été construits, et d’une autre part en raison de la proximité au réseau routier et à Montréal », explique M. Lessard.

Vers de grandes entreprises

Ce dernier est d’ailleurs convaincu que le terrain ne restera pas inexploité très longtemps. « J’ai  bien connu les activités de l’entreprise CIL (Canadian Industries Limited), qui a arrêté d’être en fonction à la fin des années 90 », précise-t-il. Le projet Northvolt a donné une nouvelle vocation à ce terrain. « Je serais très étonné que le terrain reste inactif et retombe en friche », explique-t-il.

Pour lui, toutes les possibilités sont envisageables, dont un parc industriel, mais il croit que par la richesse du terrain, ce sont surtout des entreprises dotées d’une grande capacité financière qui se montreront intéressées dans un avenir « rapproché ».

Lors de la séance ordinaire du conseil municipal, un citoyen inquiet quant à l’avenir du terrain a interpellé les élus. L’homme se demandait si le gouvernement pouvait imposer un projet dont la Ville ne veut pas, citant l’exemple d’une cimenterie comme en Gaspésie.

« Je vais être le premier avec vous autres sur la route 116 pour le bloquer », mentionne le maire en riant pour répondre au citoyen. Rappelons que M. Lessard a annoncé son retrait de la vie politique municipale en vue des élections du 2 novembre prochain.