Paroisse de Saint-Basile : un monument qui dérange

Quelques jours après l’installation d’un monument à l’emblème de l’organisation des Hells Angels dans la paroisse de Saint-Basile-le-Grand, le nom de Normand Labelle « Billy » de même que les dates 1955-2025 ont été gravés sur la pierre tombale.

« Il y a des démissions de bénévoles à la suite de la pose de ce monument, dont la mienne », dit, de façon anonyme, une source proche de la paroisse.  

Cette personne est dans tous ses états depuis que le monument a été érigé. « La chose est arrivée, et ce, contre tous les règlements, mais avec l’approche du diocèse de Saint-Jean-Longueuil! », déplore notre source.

« Le repaire de la rue Alvarès a bien fait jaser, jadis. » – Richard Pelletier 

Le chapitre « South » des Hells Angels possède un lot dans le cimetière depuis plusieurs années. Ce n’est que maintenant que la stèle a été installée. 

La pierre est ornée du nom de l’organisation et du logo de la tête de mort représentant les Hells Angels. « C’est par jurisprudence que le diocèse a dit oui au monument, mais pas au lettrage actuel! », cite la source paroissiale.  

« Concernant un monument funéraire »

À la suite de l’implantation du monument, le diocèse de Saint-Jean-Longueuil a réagi. « Le diocèse de Saint-Jean-Longueuil partage cette indignation et est tout aussi scandalisé par la mention inscrite sur cet ouvrage funéraire », indique le diocèse dans un communiqué.

Selon ce dernier, des manquements auraient été constatés quant au respect du règlement diocésain entourant les droits et obligations de la part du concessionnaire du lot. « Les inscriptions gravées sur le monument constituent un élément portant atteinte au caractère spécifique d’un cimetière catholique et contreviennent au Règlement de cimetière. Le Règlement permet à la fabrique d’enlever ou de faire enlever tout objet non respectueux du rite catholique romain de son cimetière, ce qui devrait être fait prochainement. Le Service diocésain d’aide aux fabriques supportera la fabrique de la paroisse Saint-Basile dans le règlement de ce litige », peut-on lire dans le communiqué. 

Dans sa publication, que l’on peut trouver sur son site Internet, le diocèse regrette l’embarras causé par cette histoire et assure les citoyens qu’il sensibilisera les paroisses dotées de cimetière à faire preuve de vigilance dans l’application des normes et règlements diocésains. « Je ne crois pas le diocèse. Selon moi, il fait seulement un vœu pieux! » ajoute notre source. 

Paroisse de Saint-Bruno

Du côté de l’église de Saint-Bruno-de-Montarville, il n’y a pas de monument dédié à une organisation criminelle. « Je peux affirmer, sans aucun doute, que durant toutes les années où j’ai travaillé au cimetière ou que j’ai été marguillière, ce n’est jamais arrivé », assure Lorraine Lacharité. 

Contacté par le journal Les Versants, le président de l’assemblée de fabrique de la paroisse, Jean Houde, précise. « Nous aurions pu effectivement nous retrouver dans la même position que nos collègues de Saint-Basile, car nous ne demandions pas de questions sur les inscriptions des monuments dans le passé. Nous allons augmenter notre vigilance après cet incident », assure-t-il. 

Les Hells Angels à Saint-Basile

Les Hells Angels ont eu un pied-à-terre à Saint-Basile plusieurs années. C’est connu et documenté. L’organisation criminelle avait un repaire sur la rue Alvarès. Le président de la Société d’histoire de Saint-Basile-le-Grand, Richard Pelletier, commente. « Je peux dire peu de choses sur la présence des motards criminalisés sur notre territoire. Ils n’ont pas encore remis leurs archives à la Société d’histoire. Le repaire de la rue Alvarès a bien fait jaser, jadis, et fait couler beaucoup d’encre! Même l’écrivaine américaine Kathy Reichs y a fait débuter l’action de l’un de ses romans (Mortelles décisions) », rappelle M. Pelletier. 

La Société d’histoire n’a pas de dossier concernant les motards, ni les Hells spécifiquement. Le sujet, selon le principal intéressé, « n’a pas assez de recul ». Une recherche dans les journaux serait alors nécessaire. « Peu de documents directs nous sont disponibles. C’est un dossier que je ne connais pas. Je sais que des membres en règle demeurent sur notre territoire, mais je ne sais ni qui ni combien. Est-ce la raison pour laquelle un pied-à-terre a été établi ici? Ce n’est pas un milieu très bavard… », confie Richard Pelletier. 

En mai dernier, des centaines de motards criminels se sont réunis au repaire de la section South des Hells, à Saint-Charles-sur-Richelieu, lors de leur traditionnelle « First Run », c’est-à-dire leur première sortie à moto de l’année.