Éducation: face aux compressions budgétaires, des enseignants trouvent des alternatives

L’annonce des compressions budgétaires dans le réseau de l’éducation, dont près de 30 millions pour le Centre de services scolaire des Patriotes, laisse les professeurs dans l’incertitude quant aux sommes que les enseignants auront pour leur classe.

Ces directives gouvernementales n’ont pas pour effet de les démoraliser. Certains cherchent des solutions pour offrir la même qualité d’enseignement à leurs élèves à la rentrée. Une enseignante témoigne qu’en vue de la rentrée scolaire, elle doit trouver des livres et des jeux éducatifs adaptés à sa nouvelle classe, puisqu’elle enseignera dans un niveau scolaire différent.

Si, par les années passées, elle avait déjà fait appel aux parents, qui répondent avec enthousiasme, pour l’aider à se procurer des livres destinés à ses jeunes afin de stimuler leur goût de la lecture, c’est vers les réseaux sociaux qu’elle s’est tournée en début d’été en prévision de la rentrée. « Nous avons des budgets pour l’ouverture d’une nouvelle classe, mais il n’y a rien de certain pour la rentrée scolaire », mentionne-t-elle, sous le couvert de l’anonymat pour éviter des représailles.

Une pratique courante

Préférant prévenir plutôt que guérir, l’enseignante a pris les devants, cet été, afin d’être prête à accueillir ses élèves à la rentrée. Elle explique aussi que c’est une pratique courante chez les enseignants de débourser de leur poche pour acheter certains objets éducatifs pour la classe, notamment du matériel sensoriel ou de concentration pour aider certains élèves en difficulté.

En plus de l’incertitude reliée aux budgets pour le matériel, les enseignants s’organisent également pour les sorties éducatives, qui risquent aussi d’être affectées par les compressions. « On discute entre nous pour organiser des collectes de fonds ou des campagnes de financement pour s’assurer d’offrir des sorties éducatives à nos élèves », explique-t-elle.

L’enseignante ajoute que si le milieu scolaire ne donne pas les moyens d’offrir ce genre de sorties, c’est aussi le milieu culturel qui en souffrira. Elle note toutefois que les centres de services scolaires sont dans l’obligation de trouver des fonds. « C’est une directive gouvernementale, c’est plus important pour moi d’aller trouver des solutions ailleurs. »

Un outil de classe

Une autre initiative des enseignants en vue de la rentrée scolaire est la rotation des collections de livres entre les classes, afin d’offrir tout au long de l’année de nouveaux ouvrages pour cultiver le goût de la lecture chez les jeunes. « Avoir une variété de livres, ça permet d’accrocher tous les jeunes à un genre littéraire et de motiver ceux qui dévorent les livres à lire de nouvelles choses », explique l’enseignante.

Les jeux éducatifs, de leur côté, permettent des temps de loisirs libres tout en servant à enseigner autrement aux jeunes.

« Pendant qu’une partie de la classe fait des jeux éducatifs, ça permet aux enseignants de s’asseoir seul avec un élève ayant des difficultés en mathématiques ou en français pour l’aider individuellement. »

Pour les parents

Pour Patricia, une maman de deux enfants, la situation est inquiétante, car elle a peur que les nombreuses coupures finissent par empêcher certains jeunes de réussir leurs études. « Nous avons eu des professeurs super engagés, mais ils sont découragés parce qu’ils sont aussi à bout des ressources qu’ils peuvent offrir déjà », explique-t-elle.

Sa fille souffre de dyspraxie mixte. Depuis que celle-ci est entrée en maternelle, Patricia voit le dévouement de l’école et des professeurs pour lui venir en aide. « On dit que si elle est toujours accrochée à l’école et qu’elle continue d’aimer apprendre, c’est parce que c’est une petite fille résiliente et qu’elle ne doit pas perdre sa motivation pour y arriver », témoigne-t-elle. Toutefois, elle sent que sa fille, à dix ans seulement, commence à se comparer à ses amis. Si les parents de la jeune fille pallient déjà à la maison pour lui offrir un maximum de ressources, dont un suivi en orthophonie au privé et l’aide aux devoirs à la maison, Patricia s’inquiète pour les jeunes qui n’ont pas cette chance. « Que font les parents qui n’ont pas autant de ressources? », se questionne-t-elle.

Ayant des amis qui travaillent dans le milieu scolaire, elle sait que le manque de ressources ne date pas d’hier, et c’est ce qui la préoccupe par rapport aux mesures budgétaires annoncées. « Les enseignants dépensent déjà de leur poche pour venir en aide à leurs élèves », explique-t-elle. Elle constate qu’ils se retrouvent avec peu de marge de manœuvre à la rentrée scolaire pour assurer les services qui seront peut-être coupés.

Son fils, qui réussit bien à l’école, mais qui pourrait s’améliorer sur le plan de la lecture, a pu compter, pour l’été, sur un prêt de livres de la part de son enseignant afin de consolider ses acquis pendant les vacances.

« J’ai vu les prix des collections de livres et ce n’est pas donné pour les enseignants. Il faut une belle confiance avec l’élève et les parents pour agir ainsi », raconte-t-elle.